Vivre de l’art au Tchad : Hadre Dounia déplore le manque de soutien
Vivre de son art au Tchad : « Le talent ne suffit pas », déplore Hadre Dounia
Le Tchad est un pays où vivre de son art demeure un défi majeur, selon Hadre Dounia, comédien et directeur artistique de la compagnie qui porte son nom. Invité à s’exprimer dans l’émission La Matinale de Tchadinfos, l’artiste a dressé un tableau sans complaisance de la situation des professionnels de la culture dans le pays.
Un tableau accablant de la situation actuelle
Lors de son intervention, Hadre Dounia a expliqué que la capacité d’un artiste à vivre de son métier repose sur trois piliers : le talent, la visibilité et un modèle économique viable. C’est sur ce dernier point que la situation se révèle la plus problématique. « Cette faille économique crée du découragement et freine la professionnalisation du secteur », a-t-il affirmé.
La structure du secteur culturel au Tchad est l’un des obstacles majeurs. L’absence de grands centres de diffusion et de production réduit considérablement les possibilités pour les artistes de se produire dans des conditions optimales. « Juste les matériels de sonorisation et lumière coûtent déjà entre 5 à 10 millions », précise-t-il, soulignant la difficulté pour les artistes de se produire ailleurs que dans les bars, faute de salles équipées.
Un manque cruel de mécénat et un défi de consommation locale
Le soutien financier des mécènes est quasiment inexistant. Ceux qui ont les moyens ne s’intéressent guère à soutenir la culture. Hadre Dounia établit une comparaison avec des pays comme la Côte d’Ivoire, où l’État et d’autres acteurs soutiennent activement le secteur culturel.
Le faible niveau de consommation des produits artistiques tchadiens constitue un autre obstacle. Hadre Dounia pointe du doigt le manque d’éducation artistique qui empêche le public de s’approprier la culture locale. À cela s’ajoute le problème du piratage, un fléau qui empêche les artistes de vivre de leur art.
Le rôle sous-exploité du ministère de la Culture
Le ministère de la Culture, qu’Hadre Dounia qualifie de « ministère sensible », suscite également des critiques. « Dans un pays où c’est le ministère qui organise tout, à la place des artistes, à la place des promoteurs… je pense que ça pose problème », souligne-t-il, déplorant le fait que des cadres compétents ne soient pas mis à profit.
Pour pallier l’inefficacité institutionnelle, Hadre Dounia appelle à une meilleure gestion culturelle confiée aux professionnels du secteur. Reconnaissant que les artistes eux-mêmes ont une part de responsabilité, il admet que certains produits culturels ne correspondent pas aux standards nécessaires pour atteindre une audience plus large.
Des perspectives encore limitées
Bien qu’il ait contribué au développement de groupes tels que Talino et Africa Melodie sous la bannière de son studio, Hadre Dounia souligne qu’au Tchad, les artistes doivent souvent se débrouiller seuls. Ce manque d’accompagnement par des structures professionnelles limite leur capacité de création et d’expansion.
En conclusion, Hadre Dounia appelle à la mise en place d’un environnement économique, juridique et culturel plus favorable au développement des talents artistiques au Tchad. Sans ces réformes, il sera difficile pour le pays de voir émerger des artistes pouvant rivaliser sur le plan international, à l’instar de grandes figures camerounaises ou nigérianes dans le domaine musical.