Critères pour s’orienter : passion, parents ou débouchés ?

Critères d’Orientation Professionnelle : Entre Passion, Influence Parentale et Débouchés

Chaque année, au moment crucial où les étudiants décrochent leur baccalauréat, une question subsiste avec insistance : comment guider les jeunes vers une orientation qui leur correspond réellement ? Faut-il privilégier la passion individuelle, répondre aux souhaits parentaux, ou se focaliser sur les débouchés professionnels ? Ces interrogations trouvent un éclairage particulier grâce à l’intervention de Dr Mianhounoum Nadji, spécialiste en gestion des ressources humaines et promoteur d’établissements scolaires, lors de la Matinale de Tchadinfos TV.

Une Orientation dès le Plus Jeune Âge

Pour Dr Nadji, le processus d’orientation ne devrait pas débuter à l’obtention du bac. Il estime qu’il s’amorce bien plus tôt, dès le collège, voire l’école primaire. À partir de la sixième, il est conseillé que parents et enseignants collaborent pour observer les aptitudes naturelles de l’élève, tout en adaptant l’encadrement pédagogique pour favoriser le développement des compétences, qu’elles soient scientifiques ou littéraires. « Attendre les classes de seconde ou de première pour diriger un élève vers une filière spécifique s’apparente souvent à une pression tardive et inadaptée », souligne-t-il.

Évaluer les Potentialités et les Opportunités

Selon Dr Nadji, le choix d’une filière doit reposer sur une triptyque essentielle : les potentialités de l’élève, c’est-à-dire sa capacité réelle à suivre une formation ; l’aptitude des parents à le soutenir tout au long de son cursus ; et les opportunités concrètes offertes par le marché du travail. L’importance de ce dernier aspect est souvent cruciale : un diplôme peut se révéler sans valeur réelle lorsqu’il n’est associé ni à un réseau professionnel, ni à des débouchés tangibles. Il souligne que dans certains secteurs, tels que les services bancaires ou juridiques, les relations familiales ou amicales jouent encore un rôle majeur dans l’accès à l’emploi.

Les Dérives du Mimétisme

Deux comportements sont souvent observés et pointés comme particulièrement problématiques. Le premier est le « suivisme », où des élèves choisissent une filière par simple mimétisme vis-à-vis de leurs camarades, sans réelle considération pour leurs propres centres d’intérêt ou aptitudes. Le second est la tendance à vouloir répliquer le succès perçu des voisins : « L’enfant du voisin a réussi en médecine, donc le mien doit faire pareil. » Ces décisions, prises sous influence sociale plutôt qu’en fonction des compétences individuelles, peuvent s’avérer destructrices.

L’Équivalence des Filières et la Motivation

Dr Nadji insiste sur le fait que toutes les filières se valent en termes d’opportunité de réussite. Un élève, qu’il vienne d’une série A4, D ou C, peut réussir s’il est passionné par sa filière et s’y engage pleinement. Ainsi, l’important n’est pas tant la filière que la motivation authentique de l’étudiant. Un choix contraint peut conduire à l’ennui, l’absentéisme, voire l’abandon. Dr Nadji met également en évidence le système d’inscription universitaire qui oblige à classer cinq filières par ordre de préférence, plaçant de nombreux étudiants dans des disciplines qu’ils n’ont pas réellement choisies.

Des Solutions pour une Orientation Réussie

Les structures de formation proposent de plus en plus des services d’orientation scolaire, mais ceux-ci restent souvent méconnus ou sous-utilisés par les parents. Pour améliorer la situation, l’organisation de journées portes ouvertes par les universités et instituts privés pourrait offrir une meilleure visibilité. Cela permettrait aux futurs étudiants de s’informer, d’évaluer leurs compétences en regard des exigences du marché et de faire le meilleur choix possible.

En conclusion, une orientation réussie est celle qui conjugue les aptitudes personnelles, des débouchés concrets et une motivation sincère. Dr Nadji souligne l’importance de commencer ce processus dès le plus jeune âge, tout en écoutant les aspirations de l’enfant au-delà des pressions sociales et des attentes uniformes. De telles pratiques constituent les meilleures garanties d’une insertion professionnelle réussie.