Accompagnement plutôt qu’interdiction : la vision du psychologue
Dans un contexte mondial où l’accès des enfants aux réseaux sociaux est de plus en plus discuté, le psychologue tchadien Parfait Djegoussou exprime une position nuancée sur la question. Contrairement aux décisions récentes prises par des pays comme la France et l’Australie, qui ont interdit l’accès aux moins de 15 et 16 ans respectivement, Djegoussou préconise une approche d’accompagnement plutôt que d’interdiction stricte.
Lors de son intervention sur l’émission « La Matinale » de Tchadinfos, il a souligné les dangers potentiels d’un accès non encadré aux réseaux sociaux avant l’âge de 14 ans, considérant cet accès libre comme « dangereux pour l’évolution mentale » des jeunes. Cependant, Djegoussou reconnaît également la valeur éducative que ces plateformes peuvent offrir lorsqu’elles sont utilisées de manière constructive et encadrée. Il mentionne notamment le rôle important du numérique lors de la pandémie de Covid-19 pour la continuité pédagogique.
Selon Djegoussou, l’interdiction totale est une vision illusoire et difficilement applicable dans le contexte actuel où les réseaux sociaux jouent un rôle significatif dans la vie quotidienne des jeunes. « L’utilisation des réseaux sociaux est un phénomène incontournable pour l’évolution de la jeunesse actuelle », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il est crucial d’apprendre aux enfants à utiliser cet outil de manière responsable.
Il attire néanmoins l’attention sur les risques d’une utilisation non surveillée chez les enfants de 8 à 14 ans, un groupe qu’il juge particulièrement vulnérable. À cet âge, les enfants sont en effet souvent incapables de distinguer clairement entre le monde virtuel et la réalité physique, et sont susceptibles d’imiter des comportements observés en ligne, parfois inappropriés. Djegoussou donne l’exemple d’un enfant qui pourrait reproduire un comportement agressif observé sur une plateforme comme TikTok.
Les algorithmes des réseaux sociaux, qui peuvent suggérer des contenus non sollicités, sont également pointés du doigt par le psychologue. Il estime que même avec des recherches d’intérêt ciblé, les enfants peuvent être exposés à des contenus inadaptés, tels que des films pour adultes ou des actes d’auto-mutilation diffusés en direct.
Pour répondre à ces défis, Djegoussou propose de développer des stratégies éducatives adaptées, comme l’enseignement assisté par ordinateur ou la création de contenus éducatifs attractifs pour les jeunes. Il propose l’utilisation de bandes dessinées et d’autres médias pédagogiques pour mieux contrôler et orienter l’utilisation des réseaux sociaux. Djegoussou insiste également sur le rôle primordial des parents, qu’il encourage à être attentifs à l’« âge mental » de leurs enfants et à se poser en régulateurs de leur usage des technologies numériques.
Djegoussou conclut que plutôt que de restreindre complètement l’accès, il est impératif de restreindre ce qui pourrait nuire à l’éducation des enfants tout en les guidant vers une utilisation sécurisée et enrichissante des réseaux sociaux. C’est à travers de telles mesures éducatives et une implication active des parents que les enfants pourront bénéficier des aspects positifs des réseaux tout en se prémunissant des dangers potentiels.