Tontine à N’Djamena : des femmes au foyer deviennent

À N’Djamena, la tontine transforme les femmes au foyer en véritables gestionnaires

À N’Djamena, la capitale tchadienne, un mouvement silencieux transforme le quotidien des femmes au foyer. Alors que beaucoup d’entre elles n’ont pas d’emploi salarié, la tontine s’impose comme une véritable école de gestion financière, leur conférant autonomie et pouvoir décisionnel au sein de leur ménage.

La pratique de la tontine, qui consiste à se regrouper avec des voisines, amis, ou membres de la famille pour épargner de l’argent, permet à ces femmes de mobiliser des fonds nécessaires pour subvenir aux besoins de leur foyer. Pour plusieurs, ce mécanisme est devenu une technique astucieuse de gestion budgétaire. Par exemple, une femme peut décider de consacrer une partie de son budget ménager, souvent appelé « massarif », à des cotisations de tontines. Si elle dispose de 10 000 FCFA pour les dépenses courantes, elle peut choisir de garder 6 000 FCFA pour sa tontine, ce qui lui permettra, lorsqu’elle touchera son tour, de récupérer une somme significative pour des achats importants.

La tontine ne se limite pas à un simple système d’épargne ; elle instaure également une discipline de planification et de gestion des ressources. En effet, les femmes impliquées dans ce processus doivent équilibrer leurs cotisations tout en veillant à répondre aux besoins fondamentaux de leur famille. Ainsi, de nombreuses femmes sans emploi formel parviennent à gérer plusieurs sources d’épargne, destinées à divers besoins tels que l’habillement des enfants, la scolarité ou le financement de petites activités commerciales.

Ce système représente aussi un vecteur de résilience au sein des couples. Lorsqu’une femme touche sa mise, elle est souvent en mesure de faire face à des imprévus financiers. Par exemple, si un mari doit faire face à une dépense imprévue de 100 000 FCFA, le montant récupéré grâce à la tontine peut s’avérer crucial pour gérer cette urgence.

Un autre exemple illustre bien cette dynamique : une femme qui reçoit 200 000 FCFA peut décider d’allouer une partie à des marchandises pour son commerce, une autre pour les besoins alimentaires de ses enfants et une part réservée à l’épargne. À travers ces choix budgétaires stratégiques, elles développent des compétences en anticipation et en gestion de petites sommes d’argent.

Ce phénomène prouve que, même si certaines de ces femmes sont confinées à des rôles traditionnels de ménagères, elles ne restent pas inactives. Au contraire, elles se révèlent être de réelles gestionnaires qui contribuent à assurer la survie et le développement économique de leur foyer.

Cependant, la tontine n’est pas sans risques. Le cumul des cotisations, face à des revenus souvent restreints, peut engendrer une pression financière importante en cas de difficultés de paiement. Ainsi, derrière l’apparence classique de la femme au foyer à N’Djamena se cache la complexité d’une réelle gestion financière, qui pourrait bien mériter d’être davantage reconnue.

À travers cet outil, les femmes au foyer de N’Djamena redéfinissent leur rôle au sein du ménage, faisant preuve d’une ingéniosité économique certaine. Ce phénomène, bien que limité par des contraintes financières, illustre une évolution significative dans la façon dont les femmes perçoivent leurs capacités et leur place dans l’économie domestique.