Afrique : les États-Unis misent sur la propriété intellectuelle
Afrique : les États-Unis mettent l’accent sur la propriété intellectuelle pour dynamiser les industries créatives
Les États-Unis ont lancé une initiative visant à renforcer la protection de la propriété intellectuelle en Afrique, dans le but de soutenir le développement des industries créatives, notamment dans les secteurs de la musique, de l’audiovisuel, du numérique et du divertissement. Ce programme, intitulé « IP for Growth », a été présenté par Katherine Hiner, attachée à la propriété intellectuelle pour l’Afrique subsaharienne auprès de l’Office américain des brevets et des marques (USPTO), lors d’un briefing organisé le 19 août 2026 par l’Africa Regional Media Hub du Département d’État américain.
L’initiative s’étendra sur une durée d’un an et vise à démontrer comment une meilleure protection des droits de propriété intellectuelle, ainsi qu’une application efficace de ces droits, peuvent contribuer à l’essor de l’économie créative sur le continent africain. Des rencontres ont déjà été tenues à Genève, Lagos et Johannesburg, rassemblant des responsables politiques, des artistes, des producteurs, des entrepreneurs, des juristes ainsi que des acteurs de l’industrie.
Katherine Hiner a souligné que l’Afrique possède un potentiel important, en particulier avec la croissance rapide de ses productions musicales sur les marchés internationaux. En effet, les pays d’Afrique subsaharienne ont enregistré une augmentation à deux chiffres de ces marchés pendant cinq années consécutives. Cependant, malgré cette croissance, une part significative des revenus générés par les œuvres africaines ne parvient pas à leurs créateurs. Selon des données évoquées lors du briefing, le Kenya et le Nigeria perdent collectivement près de 286 millions de dollars de revenus liés à la musique enregistrée chaque année, du fait de l’absence de mécanismes efficaces pour la collecte et la protection de ces droits.
Parmi les principaux obstacles identifiés figurent le manque de transparence dans les systèmes de collecte des droits, une sensibilisation insuffisante tant des artistes que du grand public, ainsi qu’un manque de ressources consacrées à la lutte contre le piratage. Katherine Hiner a souligné que pour garantir une protection juridique adéquate, il est également nécessaire qu’il y ait une volonté politique ainsi que des investissements dans les administrations qui doivent faire respecter ces droits. Elle insiste sur l’importance de disposer de mécanismes transparents permettant aux artistes de gérer et de monétiser leurs créations efficacement.
L’attachée américaine a également encouragé les pays africains à ratifier et à appliquer de manière intégrale les principaux traités de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) relatifs au droit d’auteur et aux œuvres numériques. Ces accords visent à mieux protéger les artistes dans un contexte marqué par le développement exponentiel du streaming et des téléchargements numériques. En ce sens, elle plaide pour le renforcement des organismes de gestion collective, qui aident les créateurs à percevoir plus facilement les revenus générés par l’exploitation de leurs œuvres.
La lutte contre le piratage reste une priorité pour l’initiative. Katherine Hiner a rappelé une opération récente, menée dans le cadre de la Coupe du Monde, qui a abouti à la fermeture d’environ 1 000 sites pirates. Cet exemple illustre, selon elle, l’importance de la coopération entre les autorités nationales et internationales pour une meilleure protection des droits d’auteur.
Un autre sujet d’actualité abordé lors de la présentation concerne l’impact croissant de l’intelligence artificielle sur la propriété intellectuelle. Katherine Hiner a souligné que le droit d’auteur doit continuer à protéger les œuvres des artistes tout en permettant le développement de nouvelles technologies. Cependant, elle a également reconnu que les relations entre intelligence artificielle et propriété intellectuelle soulèvent des questions juridiques complexes, nécessitant un examen au cas par cas, notamment en tenant compte des principes existants de « fair use » et de « fair dealing ».
L’initiative « IP for Growth » se poursuivra jusqu’en décembre avec une dernière réunion prévue à Genève, lors d’un rassemblement du Comité permanent du droit d’auteur et des droits connexes de l’OMPI. Cette démarche témoigne des efforts des États-Unis pour collaborer avec les pays africains en vue de favoriser le développement des industries créatives tout en protégeant les droits des créateurs sur le continent.