Chute des homicides, essor du crime organisé : la nouvelle carte

Homicides en baisse, crime organisé en hausse : la nouvelle géographie mondiale de la criminalité

Le déclin global des homicides n’a pas freiné l’essor du crime organisé à travers le monde. D’après un récent rapport des Nations unies, si le taux d’homicides mondial a nettement reculé, les réseaux criminels gagnent en puissance et en influence, exploitant de nouveaux terrains lucratifs et se fondant de plus en plus dans l’économie légale.

Selon l’Institut interrégional de recherche des Nations unies sur la criminalité et la justice (UNICRI), le taux mondial d’homicides a diminué de 5,9 pour 100 000 habitants en 2015 à 5,2 en 2023. Malgré cette évolution positive, de profondes disparités demeurent, surtout en Amérique latine, dans les Caraïbes, et en Afrique subsaharienne, où sévit encore une forte violence liée au crime organisé et aux gangs transnationaux.

Le rapport « Crime and Justice in a Changing World » met en lumière le déplacement des sources de profits criminels. Les groupes criminels se tournent de plus en plus vers des marchés transnationaux, la victimisation numérique et l’exploitation des chaînes d’approvisionnement légales. En Amérique latine, les cartels, jadis centrés sur le trafic de drogue, diversifient désormais leurs investissements vers des secteurs légaux comme l’agriculture, l’exploitation minière, la pêche, et même le trafic d’espèces sauvages.

En Europe, Europol estime qu’environ un réseau criminel sur cinq opère simultanément sur plusieurs marchés illicites. En Asie du Sud-Est, dans des zones économiques spéciales du Cambodge, du Laos et du Myanmar, des groupes criminels se livrent au trafic de personnes et à des systèmes de cyberfraude, profitant également des failles numériques.

Avec l’avènement des outils numériques, les barrières traditionnelles à l’entrée dans le monde du crime sont de plus en plus faibles. Grâce à l’intelligence artificielle générative et aux modèles de « cybercriminalité en tant que service », il devient possible de causer des dommages à grande échelle sans faire partie d’une organisation criminelle sophistiquée. Une enquête réalisée en 2025 dans 42 pays révèle que 57% des adultes ont été victimes d’une escroquerie au cours des 12 derniers mois, et 23% d’entre eux ont subi des pertes financières.

La transformation des réseaux criminels inquiète à l’échelle mondiale. Ceux-ci parviennent à s’insinuer dans les interstices de l’économie légale, posant un défi majeur pour les autorités chargées de la sécurité et contraignant les gouvernements à adopter de nouvelles approches pour contenir cette menace dynamique et en pleine mutation.

En combinant violence physique et sophistication numérique, le crime organisé redéfinit les contours du paysage criminel mondial. Ce phénomène demande une coopération internationale renforcée et le développement de nouvelles stratégies pour déjouer les systèmes utilisés par ces réseaux qui ne cessent de croître en ingéniosité et en complexité.