Condamnation de l’ex-rebelle centrafricain Mahamat Saïd pour crimes
La CPI sanctionne Mahamat Saïd Abdel Kani pour crimes contre l’humanité en Centrafrique
La Haye – Ce mercredi 23, la Cour pénale internationale (CPI) a prononcé un verdict de culpabilité contre Mahamat Saïd Abdel Kani, ancien commandant de la coalition rebelle Séléka, pour des crimes contre l’humanité commis en 2013 en République centrafricaine. Cette condamnation marque une étape significative dans la lutte contre l’impunité des violences perpétrées lors du conflit qui a secoué le pays il y a dix ans.
La Chambre de première instance VI de la CPI a reconnu Saïd coupable de quatre chefs d’accusation pour crimes contre l’humanité, à savoir emprisonnement ou privation grave de liberté physique, torture, persécution et autres actes inhumains. Les juges, dirigés par Miatta Maria Samba, ont conclu que ces actes avaient été commis au cœur de la guerre civile qui a suivi le renversement du président François Bozizé par les Séléka, groupe à majorité musulmane, en 2013.
Mahamat Saïd, âgé de 56 ans, était à la tête de l’Office central de répression du banditisme (OCRB) à Bangui, à l’époque. Ce centre de détention était utilisé pour emprisonner arbitrairement des personnes soupçonnées de soutenir l’ancien président Bozizé. Les détenus subissaient des sévices tels que la torture par l’« arbatachar », le fouet, et des séances de simulation de noyade. Le rapport de la cour indique qu’au moins 39 individus ont été victimes d’emprisonnement illégal et de persécution, 22 ont subi des actes de torture, tandis que 34 autres ont enduré des actes inhumains.
Ce jugement est le fruit des enquêtes en cours sur les violences éclatées en Centrafrique, initiées par la CPI depuis 2014. Mahamat Saïd est la première figure de la Séléka à être condamnée par la Cour internationale, qui a déjà poursuivi des dirigeants des milices rivales anti-Balaka.
En dépit de ces lourdes charges, Saïd a été acquitté de trois chefs d’accusation pour crimes de guerre, incluant la torture, traitements cruels et atteintes à la dignité de la personne. Les juges ont déterminé que le conflit armé était déjà terminé au moment des crimes invoqués, excluant ainsi la qualification de crimes de guerre.
Né le 25 février 1970 à Bria, Mahamat Saïd Abdel Kani était un haut responsable au sein de la Séléka, mouvement devenu tristement célèbre lors du conflit centrafricain. Sa capture en 2021 et son transfert à la CPI ont constitué une avancée dans le processus de justice internationale. Lors de l’ouverture de son procès le 26 septembre 2022, il avait plaidé non coupable.
La détermination de la peine interviendra ultérieurement, s’inscrivant dans la continuité des efforts de la communauté internationale pour faire valoir les droits fondamentaux des victimes et restaurer la paix en République centrafricaine. Cette décision de la CPI représente un message fort contre l’impunité et une étape cruciale vers la réconciliation nationale.
Les répercussions du verdict sur le paysage politique et social centrafricain restent à observer, alors que le pays s’efforce de panser les blessures de son récent passé violent. Les victimes de ces atrocités trouvent dans ce jugement une forme de reconnaissance et une ouverture vers un possible apaisement. La communauté internationale reste attentive à l’application de la justice en République centrafricaine, espérant que ces démarches judiciaires contribueront à favoriser une stabilité durable.