Crise agricole au Tchad : un risque pour la sécurité alimentaire
Alors que la saison des pluies bat son plein au Tchad, la situation pluviométrique alarme les spécialistes. Cette année, plusieurs provinces du pays subissent une pluviométrie irrégulière, impactant sérieusement les cultures et pouvant potentiellement aggraver l’insécurité alimentaire. Manemon Mapouki, technicien agricole et spécialiste du développement rural, met en lumière les différents aspects de cette problématique.
« Oui, l’irrégularité des précipitations est évidente », déclare Mapouki, précisant que bon nombre de provinces ont connu un démarrage tardif de la saison des pluies, avec des retards significatifs allant jusqu’à 30 jours. Cette situation est particulièrement préoccupante dans les régions du Ouaddaï, du Sahel et de la zone soudanienne où les précipitations sont non seulement insuffisantes mais aussi mal réparties dans le temps et l’espace.
Des zones telles que le Lac, le Kanem, le Bahr El Ghazal et le Batha sont déjà confrontées à cette réalité. Les cultures de mil, sorgho, maïs, arachide et niébé peinent ainsi à se développer normalement. Dans le Ouaddaï, par exemple, la faiblesse des pluies a particulièrement retardé les semis d’arachide, tandis que dans le Moyen-Chari, à la fin du mois de juillet, seules 75 % des superficies étaient emblavées.
Les répercussions de cet aléa climatique risquent non seulement de compromettre l’installation des cultures mais également de dégrader les rendements agricoles, suscitant la crainte d’une hausse des prix en cas de mauvaises récoltes. Les réserves nationales en céréales sont préoccupantes : les stocks de l’Office national de sécurité alimentaire (ONASA) sont inférieurs au seuil de sécurité de 100 000 tonnes. Près de trois millions de personnes pourraient avoir besoin d’une assistance alimentaire, surtout en période de soudure.
Face à ces défis, les agriculteurs tâchent de prendre des mesures pour limiter les pertes. Il leur est conseillé de maximiser l’entretien des cultures en place, de se tourner vers des variétés à cycle court ou plus résistantes à la sécheresse pour les semis restant à réaliser, ainsi que de pratiquer des techniques de conservation de l’humidité. La diversification des sources de revenus, notamment par l’élevage et le maraîchage de contre-saison, est également encouragée.
Les pouvoirs publics ont un rôle crucial à jouer en renforçant le suivi agro-météorologique et en facilitant l’accès aux intrants agricoles adaptés. Ils doivent soutenir rapidement les stocks stratégiques et mettre en place des filets de sécurité sociale pour les populations les plus vulnérables. Investir dans des infrastructures hydrauliques telles que des barrages et des systèmes d’irrigation s’avère nécessaire pour limiter la dépendance aux pluies aléatoires.
Manemon Mapouki souligne l’importance d’une approche proactive pour anticiper d’éventuels scénarios de crise alimentaire. Cela comprend une évaluation rapide des superficies cultivées, l’évolution des prix des céréales et la disponibilité des stocks. L’objectif est de passer d’une logique réactive à une anticipation effective afin de protéger durablement les agriculteurs et les populations vulnérables.