L’Afrique s’accuse : l’UA interpellée, selon Me Tizi Joël

Quand l’Afrique s’accuse elle-même : l’Union africaine face à ses défis

Les événements récents survenus au Niger illustrent une réalité préoccupante : l’Afrique demeure hélas divisée. En dépit de leur appartenance commune à une même organisation continentale, l’Union africaine, les États africains se retrouvent parfois dans des situations conflictuelles, s’accusant mutuellement de déstabilisation.

Fin août 2026, à la suite d’une mutinerie à Niamey, un officier nigérien a évoqué l’existence d’un complot international, pointant du doigt plusieurs pays, dont le Tchad. Ces accusations n’ont cependant pas été accompagnées de preuves tangibles pour étayer la responsabilité du Tchad, un pays engagé depuis plusieurs années dans des opérations de lutte contre le terrorisme et le maintien de la paix au Sahel. Une question se pose alors : comment des membres d’une même organisation continentale peuvent-ils en arriver à s’accuser mutuellement sans qu’une institution africaine ne soit immédiatement saisie, et pourquoi l’Union africaine ne prend-elle pas l’initiative de mener des enquêtes pour établir les faits et écouter les parties ?

L’Union africaine, dont le rôle premier est de promouvoir la paix, la coopération et l’intégration du continent, est interpellée. Lorsque des accusations de soutien à des insurgés ou de tentatives de coup d’État sont émises, ce n’est pas une simple dispute diplomatique ; c’est une question de souveraineté nationale et de sécurité interne, et potentiellement une menace pour la paix entre les nations du continent. Dans ces situations, il est crucial que l’Union africaine prenne des mesures concrètes pour enquêter, rapprocher les parties en conflit, et participer activement à la résolution des différends.

La réflexion doit également porter sur l’origine de ces crises. Dans les pays africains touchés par des mutineries ou des insurrections, l’idée d’une ingérence étrangère est souvent évoquée. Bien que les influences extérieures fassent partie de l’histoire de nombreux États, il est nécessaire de s’interroger sur la solidité des institutions nationales. Un État stable repose sur des institutions résilientes, un système politique légitime et une économie capable d’offrir des perspectives à sa population. Aussi, la construction d’institutions fortes est essentielle pour résister à toutes les formes de déstabilisation, qu’elles soient internes ou externes.

Pour éviter que ces crises ne deviennent un cycle infernal, une action collective doit être entreprise à l’échelle continentale. Chaque crise affectant une nation africaine devrait impliquer toute l’Afrique, notamment lorsqu’il s’agit de la région du Sahel. Les défis sécuritaires, comme le terrorisme et les trafics, transcendent les frontières nationales et nécessitent une réponse régionale coordonnée.

Le débat sur l’intégration africaine doit être ravivé. L’Union africaine a constitué une avancée importante dans l’histoire du panafricanisme, mais le continent doit désormais viser plus haut. L’idée d’une Communauté des États africains, fondée sur des principes rigoureux de gouvernance et de transfert partiel de souveraineté à des institutions régionales dotées de véritables capacités d’action, pourrait constituer la prochaine étape de l’intégration continentale.

Par cette évolution, l’Afrique pourrait se doter d’une structure capable de gérer efficacement les conflits internes et d’éviter que chaque nation se tourne systématiquement vers des puissances extérieures pour défendre ses intérêts. En allant au-delà de la simple coopération intergouvernementale, l’Afrique pourrait progresser vers une authenticité de communauté de destin politique, économique, et sociale.

Me Tizi Joël, leader de la société civile, souligne l’importance de cette transformation : une Afrique qui agit et s’intègre véritablement pourrait rendre l’ambition des États-Unis d’Afrique de moins en moins utopique, et devenir une réalité construite autour d’institutions solides et d’une communauté politique africaine authentique.