Dr Egip Bolsane : Pionnier de la psychiatrie tchadienne
Portrait : Dr Egip Bolsane, pionnier de la psychiatrie au Tchad
À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée chaque 10 octobre, il convient de se remémorer le parcours du Dr Egip Bolsane, une figure emblématique de la psychiatrie au Tchad, décédé le 24 mars 2020 à N’Djamena. Médecin passionné et engagé, il a consacré une grande partie de sa vie professionnelle à l’amélioration des soins pour les personnes atteintes de troubles mentaux, tout en luttant contre la stigmatisation qui les entoure.
Né le 9 avril 1960 à Fort-Lamy, aujourd’hui N’Djamena, Egip Bolsane quitte son pays natal à l’âge de 12 ans pour suivre sa scolarité au Prytanée militaire Charles N’Tchoréré de Saint-Louis, au Sénégal. C’est au Sénégal qu’il poursuit ses études médicales jusqu’à obtenir, en 1990, son doctorat d’État en médecine à Dakar. Il complète ensuite sa formation par plusieurs certificats spécialisés en psychiatrie et en prise en charge des addictions, établissant les bases solides de sa carrière.
En 1996, il répond à « l’appel du pays » et retourne au Tchad. Un retour marqué par six mois de chômage avant d’intégrer la Fonction publique, où il est nommé chef du service de santé mentale et de psychiatrie à l’Hôpital général de référence nationale de N’Djamena. Cette expérience marque le début d’une carrière dédiée à un champ médical encore peu développé au Tchad.
Le Dr Bolsane considère les troubles mentaux comme le reflet de problématiques sociales plus larges. « Le malade mental, c’est le symptôme d’un malaise social », disait-il souvent, soulignant par là l’importance de comprendre les contextes sociaux entourant les patients.
Malgré les ressources limitées et l’insuffisance des infrastructures, il s’efforce d’améliorer la prise en charge des patients atteints de maladies mentales et s’engage sur des projets novateurs en matière de santé publique. Outre son travail à l’hôpital, il joue un rôle important dans la formation des futurs professionnels de santé en enseignant à l’université. Il est maître-assistant puis chef du département de médecine à la faculté des sciences de la santé.
Sa contribution ne s’arrête pas à l’aspect clinique et académique. Dr Bolsane est également reconnu pour ses efforts dans la mise en place du programme national de santé mentale, dans un pays où ce domaine a longtemps été délaissé par les politiques sanitaires. Particulièrement préoccupé par la lutte contre le VIH/Sida et le tabagisme, il s’investit également en tant que formateur et point focal pour la lutte antitabac au ministère de la Santé publique.
Durant près de vingt-cinq ans, Dr Egip Bolsane travaille avec passion, même lorsqu’il est confronté aux contraintes nombreuses. Son dévouement permet de faire avancer la reconnaissance de la santé mentale au Tchad. Il milite pour que les personnes souffrant de troubles mentaux recevrent des soins appropriés, soient traitées avec dignité et trouvent leur place dans la société.
Dr Egip Bolsane laisse derrière lui un héritage marquant, celui d’un médecin dont l’ardeur et la vision auront permis de faire avancer la cause de la santé mentale dans un pays où les défis restent immenses. Son parcours rappelle l’urgence de poursuivre les efforts pour améliorer l’accès aux soins et combattre la stigmatisation, tout en intégrant la santé mentale dans les politiques de santé publique. Sa mémoire inspire aujourd’hui les professionnels de santé mentale à relever ces défis continuellement.