Frappes au Tchad : Khartoum reste silencieux
Frappes au Tchad : Khartoum reste silencieux
Depuis les frappes aériennes sur le territoire tchadien, survenues le 20 août 2026, le gouvernement soudanais n’a pas encore communiqué sur les événements. Au matin du 24 août, ni l’Armée soudanaise (SAF), ni le Conseil de souveraineté, ni les autorités de Port-Soudan n’ont pris la parole pour confirmer, revendiquer ou démentir leur implication dans les attaques.
Ce silence intervient alors que le Tchad a fait preuve d’une réaction forte face aux frappes. L’état-major tchadien a assuré que des aéronefs, considérés comme appartenant aux forces soudanaises, avaient attaqué une colonne de véhicules à Ennedi-Est, située à plus de 100 kilomètres de la frontière. En réponse, l’armée tchadienne a mis ses unités en état d’alerte maximale et a mis en garde les acteurs du conflit soudanais contre l’élargissement des combats à son territoire.
Selon Al Jazeera, des sources militaires soudanaises, s’exprimant sous couvert d’anonymat, ont rejeté les accusations selon lesquelles des drones de l’armée auraient mené des frappes à l’intérieur du Tchad. Néanmoins, ces sources ont également rappelé que le Soudan se réserve le droit à la légitime défense au titre de l’article 51 de la Charte des Nations unies. Parallèlement, elles accusent certaines puissances régionales d’utiliser le Tchad comme point de transit pour le matériel militaire et le soutien aux Forces de soutien rapide (FSR).
Cependant, ces déclarations anonymes ne reflètent pas une position officielle du commandement soudanais. Sur les réseaux sociaux, un contraste frappant apparaît : plusieurs plateformes pro-SAF diffusent des messages vantant les frappes comme une opération réussie contre les convois d’approvisionnement des FSR à la frontière entre le Soudan, le Tchad et la Libye. Des publications évoquent la destruction de dizaines de véhicules, de cargaisons de munitions et de matériel militaire, bien que ces allégations n’engagent pas l’armée soudanaise de manière formelle.
Des images satellitaires issues de Sentinel-2, analysées par l’unité de sources ouvertes d’Al Jazeera, montrent des traces de combustions et des foyers d’incendie dans le nord-est du Tchad, coïncidant avec la période des frappes. Toutefois, ces images ne permettent pas d’établir clairement l’auteur des frappes ni de quantifier avec exactitude le nombre de véhicules touchés.
La position de l’armée soudanaise reste donc empreinte de prudence. Bien qu’aucune revendication officielle ou démenti institutionnel n’ait été émis, des démentis anonymes sont venus contester les accusations tchadiennes, tandis que des groupes favorables à la SAF célèbrent des destructions attribuées aux FSR. Depuis le début du conflit soudanais, Khartoum a accusé le Tchad de faciliter le transit de soutiens destinés aux FSR, une affirmation rejetée par le gouvernement tchadien.
Pour N’Djamena, la question de la souveraineté territoriale est au cœur des préoccupations. L’Assemblée nationale du Tchad a d’ores et déjà condamné les frappes tout en apportant son soutien aux mesures prises par le chef de l’État et l’armée pour protéger le territoire.
Au matin du 24 août, une question demeure : qui, véritablement, a ordonné et exécuté ces frappes ? Ce silence de Khartoum, en plus d’accentuer les tensions entre les deux pays, laisse planer de nombreux doutes sur les responsabilités de l’incident.