Mystère à la SHT : Deux versions s’affrontent
Tchad : Polémiques autour d’une intervention de l’ANSE à la SHT
Au Tchad, une opération controversée menée au sein de la Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT) a récemment suscité des échanges tendus entre deux institutions clés : l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC) et l’Agence nationale de sécurité de l’État (ANSE). Cet événement, qui a eu lieu le 7 août, a généré des versions contradictoires quant à la série d’actions menées sur place, et plonge désormais le pays dans une vague de débat sur la transparence et l’intégrité des institutions.
Les faits selon l’AILC
Dans un communiqué diffusé le 12 août, l’AILC a expliqué avoir envoyé une équipe à la SHT pour auditer la gestion financière, matérielle et humaine de l’entreprise sur une période s’étendant de 2024 jusqu’à aujourd’hui. La demande principale portait sur des documents liés à la commercialisation du pétrole brut, y compris des factures adressées à la société Glencore. Selon l’AILC, la SHT aurait initialement refusé de fournir ces documents, ce qui a conduit à plusieurs relances.
L’AILC rapporte que, même si les documents ont finalement été procurés par la directrice commerciale, le déroulement de l’opération a été perturbé par une intervention musclée de l’ANSE. En effet, le directeur de l’ANSE serait arrivé en compagnie d’agents cagoulés et armés. Plusieurs membres de l’équipe de contrôle, dont la contrôleure générale adjointe, auraient alors été arrêtés, menottés puis conduits aux locaux de l’ANSE où leurs appareils électroniques auraient été confisqués. Ces actions ont été qualifiées de « traitements dégradants et humiliants » par l’AILC, qui y voit une entrave à l’exercice de sa mission.
Le récit de la SHT
Face à ces accusations, la SHT a réagi par la publication d’un communiqué le 13 août, dans lequel elle nie avoir compliqué le travail des contrôleurs de l’AILC. La société pétrolière précise avoir coopéré pleinement tout au long de la mission de contrôle. Toutefois, elle conteste les circonstances de cette mission en soulignant que des personnes non mentionnées sur l’ordre de mission ont participé à l’opération.
Le point de friction majeur entre les deux récits concerne le traitement de la directrice commerciale. Selon la SHT, elle aurait été contrainte de rester dans son bureau pendant près de cinq heures, entourée d’agents et de militaires, sans possibilité d’assistance ni de communication extérieure. En outre, la SHT déclare que la contrôleure générale adjointe de l’AILC aurait elle-même imprimé les factures recherchées, ce qui diffère de la version présentée par l’AILC.
Contexte de l’intervention de l’ANSE
Un élément central reste l’intervention de l’ANSE. L’AILC considère que cet acte constitue une interférence dans une mission légitime de contrôle, tandis que, selon la SHT, cette intervention trouve son origine dans les circonstances entourant la restriction de liberté imposée à leur directrice commerciale.
Analyse et perspectives
Au-delà du désaccord sur les faits, cette affaire met en lumière des questions profondes concernant le respect des procédures légales et des droits individuels au sein des entreprises publiques et des systèmes de contrôle au Tchad. Les deux entités, tout en maintenant leurs positions respectives, sont appelées à contribuer à un éclaircissement des faits, notamment par une enquête indépendante sur les événements du 7 août.
Les points cruciaux à éclaircir restent nombreux : la composition exacte de l’équipe de contrôle, la nature de leur mission, les conditions de la retenue de la directrice commerciale, et le fondement de l’intervention de l’ANSE. Tant que ces questions demeurent irrésolues, l’affaire continuera d’attiser des débats sur la régulation et la transparence dans le secteur pétrolier tchadien.