« Politique pacifique jugée dangereuse après octobre 2022 »
Le 20 octobre 2022, une date qui a profondément marqué la scène politique tchadienne, a été le point de départ d’une série de réflexions sur l’engagement citoyen et les méthodes de participation politique dans le pays. Ce jour-là, des manifestations éclatèrent dans plusieurs villes du Tchad. Organisées contre la prolongation de 24 mois supplémentaires de la transition politique, elles se sont heurtées à une répression sévère, entraînant un lourd bilan humain et remettant en question la perception de la participation politique pacifique.
L’analyste politique Dr Yamingué Betinbaye revient sur ces événements, mettant en lumière non seulement la violence du 20 octobre, mais aussi son impact durable sur la dynamique sociopolitique du pays. Avant ces manifestations, une mobilisation collective sans précédent prenait forme, portée par des partis d’opposition et des organisations de la société civile. Selon Betinbaye, cette mobilisation représentait une occasion pour les acteurs civils de prendre part aux débats politiques de manière non violente, un phénomène relativement nouveau dans l’histoire politique moderne du Tchad.
Toutefois, l’espoir d’un changement via des moyens pacifiques a été brutalement freiné ce 20 octobre. « Ces événements ont douché les aspirations d’une partie importante de la population, en particulier les jeunes, qui avaient commencé à s’intéresser activement à la politique », affirme-t-il. La répression de ces manifestations a alimenté un sentiment de danger associé à l’engagement politique public, entraînant une réticence chez de nombreux citoyens à participer aux événements politiques formels.
Dans les années qui ont suivi, cette peur a engendré un recul de la participation visible dans l’espace public. Cependant, elle a également provoqué un déplacement vers les moyens numériques. Les plateformes de réseaux sociaux sont devenues des espaces privilégiés d’expression pour une partie de la population souhaitant continuer à débattre des affaires publiques sans risquer des rétributions physiques. Betinbaye souligne que de nombreux citoyens, jeunes et moins jeunes, se tournent désormais vers ces espaces numériques pour partager leurs opinions.
La transformation observée dans les moyens d’expression politique au Tchad soulève des questions importantes sur la capacité des citoyens à réinvestir l’espace public sans craindre pour leur sécurité. Elle met également en avant le potentiel et les limites des réseaux sociaux comme plateforme de mobilisation et de participation politique.
Quatre ans après ces événements, le défi demeure de restaurer la confiance dans la participation civique pacifique et de réduire les risques perçus associés à l’engagement politique. Il s’agit notamment d’encourager les jeunes, qui constituent un vivier crucial pour le développement démocratique du pays, à reprendre leur place dans le processus démocratique et à se sentir libres de participer sans risques à la gestion des affaires de l’État.