Tchad : Décoloniser les esprits par l’éducation

Tchad : l’impératif de la décolonisation des mentalités par l’éducation

Soixante-six ans après avoir obtenu son indépendance, le Tchad évalue sa transformation institutionnelle et démocratique. Toutefois, la question de l’évolution des mentalités et des pratiques éducatives reste cruciale. La décolonisation ne se limite pas à des changements de symboles ou de noms de rues ; elle implique une refonte profonde du système éducatif pour former une jeunesse consciente de son histoire et capable de s’affranchir des visions extérieures.

État des lieux du système éducatif

Le constat est préoccupant : selon la Banque mondiale, 57 % des enfants en âge d’aller à l’école primaire sont toujours exclus du système éducatif. En 2025, dans le Sahel central, 94 % des enfants de 10 ans ne sauraient pas lire ni comprendre un texte adapté à leur âge. Ces chiffres témoignent non seulement d’une crise éducative, mais aussi de l’incapacité d’une génération à comprendre son histoire, à développer un esprit critique et à se poser en acteur économique et politique.

Bien que des progrès aient été réalisés depuis l’indépendance, l’accès à l’école ne garantit pas une éducation de qualité. Les données de l’UNESCO indiquent qu’il est nécessaire d’aller au-delà de l’inscription en classe pour que les enfants acquièrent les compétences fondamentales telles que lire, écrire et raisonner.

Importance de l’enseignement de l’histoire

La décolonisation des mentalités doit aussi passer par une réévaluation de l’enseignement de l’histoire. Les élèves tchadiens devraient apprendre l’histoire de leur pays et de leur continent avec la même rigueur que celle consacrée à l’histoire européeenne. Enseigner les royaumes du Kanem-Bornou, du Baguirmi et les figures de la résistance à la colonisation est essentiel pour renforcer l’identité nationale.

Tandis que le jeune Tchadien a besoin de connaître ses racines, la décolonisation des mentalités doit intervenir dans d’autres domaines, y compris l’économie. Actuellement, le pays fait face à une grande vulnérabilité économique, s’appuyant sur des importations massives et l’exportation de matières premières. Encourager l’entrepreneuriat et valoriser des secteurs comme l’agriculture, le numérique et l’artisanat seront des clés pour préparer les jeunes à une autonomie économique durable.

Le défi linguistique

La question de la langue est également centrale. Bien que le français soit une langue officielle, la promotion des langues nationales est tout aussi importante. Le Tchad, avec sa richesse linguistique de plus de 130 langues, peut enrichir l’éducation en proposant des outils pédagogiques adaptés à ces langues, ce qui favoriserait une meilleure assimilation des savoirs par les élèves.

Le véritable défi réside dans la capacité des institutions à valoriser les talents locaux. Engendrer une culture entrepreneuriale ne signifie pas abandonner les études classiques, mais comprendre que les diplômes doivent également servir à créer des opportunités d’emploi.

Perspectives d’avenir

La réforme actuelle du système éducatif, soutenue par l’UNESCO, vise à améliorer la qualité de l’enseignement, à former les enseignants et à assurer une équité d’accès, en particulier pour les filles et les enfants vulnérables. Ce programme, doté d’un budget de 44 millions de dollars, se déroulera de 2025 à 2028.

Il est essentiel de ne pas confondre décolonisation avec repli identitaire. Ouvrir le Tchad au monde ne signifie pas rejeter la coopération internationale mais construire un modèle qui s’inspire d’expériences diverses tout en restant ancré dans les réalités locales.

Pour parvenir à un changement significatif, il est nécessaire de s’éloigner des schémas mentaux hérités du colonialisme. La véritable indépendance passe par une autonomie intellectuelle, où la connaissance et le succès ne sont pas perçus comme provenant uniquement de l’extérieur.

Un changement dans le parcours éducatif et économique pourrait ainsi permettre au Tchad de franchir une étape décisive vers son émancipation. Lorsque les initiatives locales commenceront à rivaliser en prestige avec les emplois publics, et que l’histoire africaine sera enseignée avec la rigueur qu’elle mérite, le pays pourra alors envisager son avenir avec confiance.