Tchad : religion, ethnie et politique éclipsent l’essentiel
Tchad : Les Débats Politiques Détournés de l’Essentiel par des Clivages Identitaires
Depuis plusieurs mois, la scène politique tchadienne est marquée par une tendance préoccupante : l’accent est de plus en plus mis sur des débats qui exploitent les sentiments identitaires et religieux, au détriment des véritables enjeux socio-économiques du pays. Cette dérive interpelle la société civile et remet en question les priorités politiques.
Selon les observations récentes, les discussions politiques et médiatiques délaissent des questions fondamentales telles que l’emploi, l’éducation, la santé, l’eau, l’énergie, l’agriculture, les infrastructures et la sécurité. À la place, les débats s’enflamment autour des appartenances religieuses, ethniques et régionales. Cette stratégie, bien que politiquement rentable à court terme, constitue une menace pour le développement du pays.
Le Piège de l’Émotionnel
Dans un contexte où les politiques peinent parfois à proposer des bilans convaincants ou des projets crédibles, s’appuyer sur les sentiments identitaires apparaît comme une solution de facilité. Les discours se focalisent alors sur des affiliations religieuses ou ethniques, détournant l’attention des électeurs des questions concrètes. Ce glissement vers des postures émotionnelles est accentué par certains médias qui, par manque de vigilance, relaient ces propos sans recul critique.
Ce n’est pas la foi qui crée des emplois, ni l’ethnie qui construit des écoles ou des routes. Le régionalisme ne guérit pas les maladies. C’est en ce sens que le rôle des citoyens devient crucial : ils doivent se poser les bonnes questions sur les actions des responsables politiques et exiger des réponses concrètes sur l’amélioration de leurs conditions de vie.
Une Maturité Démocratique en Construction
Le besoin de maturité démocratique a été illustré par une prise de conscience croissante de la population tchadienne. Lors des élections législatives de 2024, des voix ont privilégié les projets tangibles à la place des appartenances identitaires. Un choix accru de vote basé sur le travail, plutôt que sur la filiation confessionnelle ou ethnique, souligne une aspiration à une gouvernance centrée sur les résultats et non sur les slogans.
Réforme de la Gouvernance : Vers une Méritocratie
Pour transformer ce besoin en réalité, une refonte du mode de constitution du gouvernement est nécessaire. Le clientélisme et le népotisme doivent céder leur place à la méritocratie. La nomination aux postes ministériels doit être fondée sur la compétence, l’intégrité et la capacité à obtenir des résultats mesurables. Me Tizi Joël, homme politique et leader de la société civile, préconise la création d’un vivier national de talents où les citoyens, quel que soit leur parcours, peuvent aspirer à des responsabilités en fonction de leur mérite.
Une commission indépendante pourrait être chargée de sélectionner les meilleurs profils parmi un large éventail de candidats. Chaque ministre serait alors soumis à un contrat de performance, avec des évaluations régulières, afin de garantir l’atteinte des objectifs. En cas d’incapacité à remplir ses fonctions, le remplacement par un candidat mieux qualifié serait envisagé.
Un Modèle pour l’Avenir
Le Tchad a la possibilité de se démarquer par un modèle de gouvernance novateur qui pourrait même inspirer des nations généralement considérées comme des exemples de démocratie. Cette aspiration appelle à un retour à l’essentiel, à des politiques ancrées dans la réalité quotidienne des Tchadiens, et à un cadre institutionnel basé sur la transparence et la responsabilité.
En conclusion, pour relever les défis actuels, le Tchad doit impérativement se détacher des discours divisionnaires et concentrer ses efforts sur le développement économique et social de l’ensemble de sa population. En mettant de côté les divisions identitaires et en optant pour une gouvernance méritocratique, le pays pourra se doter d’un avenir plus prometteur et stable.