Viande chère : les bouchers décryptent la hausse des prix
La Crise de la Viande à N’Djamena: Une Équation Complexe
Dans les marchés de N’Djamena, la viande se fait rare et les prix montent en flèche, un fardeau pour de nombreux ménages. Chek Haroune Chek, président de la Fédération nationale des bouchers, tanneurs et transformateurs du Tchad (FNBTTT), nous éclaire sur les raisons de cette flambée des prix.
Chaque année, la même période voit exploser le coût du bétail sur le marché. « Acheter une tête peut coûter 100 000 FCFA, et il faut autant pour garantir sa bonne santé avant la revente », explique Chek Haroune Chek. Aujourd’hui, les marchés sont presque dépourvus de bétail, ajoute-t-il, soulignant la difficulté de réaliser un profit.
La période de « soudure », de mars à juin, aggrave le problème. Manque de pâturages et d’herbe en sont les causes principales. À l’inverse de certains pays, le Tchad ne pratique pas l’embouche bovine intensive, mais dépend des ressources naturelles pour nourrir le bétail. « Avant les pluies, ces difficultés reviennent régulièrement », précise le responsable.
Face à la hausse des coûts alimentaires pour le bétail, les éleveurs et bouchers peinent à faire face. « L’aliment pour bétail est hors de prix, contribuant à l’augmentation des prix de la viande », déplore-t-il. En conséquence, bon nombre de commerçants ont cessé leur activité pour éviter des pertes financières. « Il est parfois préférable d’attendre plusieurs mois avant de reprendre », dit le président de la FNBTTT, précisant que près de la moitié des bouchers ont mis fin à leurs activités.
Ceux qui persistent travaillent souvent à perte, investissant des sommes importantes sans retour sur investissement. « Il n’est pas rare que certains dépensent jusqu’à 500 000 FCFA pour quelques bêtes, sans bénéfice », ajoute-t-il.
Des discussions sont en cours pour trouver des solutions. L’ONG Camorra, récemment arrivée au Tchad, propose une aide potentielle. « Ils nous ont assuré qu’ils pourraient fournir des aliments pour bétail à des tarifs plus abordables », révèle Chek. Bien que les dialogues soient ouverts, rien de concret n’a encore été réalisé.
En attendant les pluies et une aide éventuelle, les consommateurs de N’Djamena continueront de souffrir des prix élevés. « Cette période rappelle la fragilité du secteur face aux aléas climatiques et l’absence de méthodes modernes d’élevage », conclut-il.