Doumta Jacob : combattant non-voyant

Portrait : Doumta Jacob, un non-voyant battant

À Sarh, dans le quartier de Baguirmi, situé dans le 1er arrondissement municipal, Doumta Jacob se démarque par sa détermination. Malgré son handicap visuel, il a choisi de transformer sa condition en une force motrice plutôt qu’un obstacle insurmontable.

Né en 1972 à Sarh, chef-lieu de la province du Moyen-Chari, Doumta Jacob perd progressivement la vue au cours de son enfance. À l’âge de 14 ans, alors qu’il était en classe de CM2, il commence à éprouver des difficultés visuelles. Cette situation s’aggrave au point de le contraindre à abandonner ses études. « Je voyais difficilement le tableau lorsque j’étais à l’école, ce qui rendait la lecture et l’écriture extrêmement ardues », confie-t-il.

Face à cet abrupt changement dans sa vie, Doumta Jacob se retrouve cloîtré chez lui, en proie au découragement. Cependant, sa grand-mère, désireuse de l’occuper, lui confie une somme de 2 000 francs CFA. Avec cet argent, Doumta se lance dans la vente de cigarettes, puis développe peu à peu d’autres activités commerciales, comme la vente de bouteilles et la recharge de téléphones portables.

Ces initiatives entrepreneuriales modestes lui permettent avec le temps de contribuer aux dépenses familiales et de construire une chambre. Bien que non-voyant, Jacob s’adapte à son environnement en apprenant à reconnaître les différentes pièces et coupures de monnaie, une compétence essentielle pour gérer ses affaires.

Aujourd’hui âgé de 53 ans, Doumta Jacob transmet un message fort aux jeunes : ne pas se limiter à la quête d’un emploi dans la fonction publique. Selon lui, toute activité, même petite, peut se muer en une source de revenus viable.

La passion de Jacob pour le braille a transformé son parcours. Grâce aux enseignements d’un ancien formateur, aujourd’hui disparu, il maîtrise désormais cet outil d’écriture. « Cette formation m’a permis de lire, d’écrire et de continuer à apprendre malgré mon handicap. Grâce à cette nouvelle forme d’écriture, je compose également des chansons », témoigne-t-il.

Sous le pseudonyme de Général Litakoï, Doumta s’investit dans la musique, qu’il utilise comme un vecteur de sensibilisation sur des sujets sociaux tels que l’abus d’alcool et la protection de l’environnement. Ses compositions, inspirées par les réalités quotidiennes, sont pourtant toujours en attente d’être enregistrées en studio, faute de moyens financiers.

Doumta Jacob adresse aussi un appel à toutes les personnes vivant avec un handicap, les exhortant à découvrir et valoriser leurs potentiels, et à s’engager dans des activités adaptées à leurs capacités, plutôt que de dépendre d’une assistance extérieure.

Enfin, il plaide pour un développement accru des opportunités de formation et d’accompagnement pour les déficients visuels. À ses yeux, offrir un meilleur accès à l’éducation et aux activités professionnelles pourrait ouvrir la voie à une autonomie renforcée et à une intégration sociale réussie.

En somme, Doumta Jacob incarne l’esprit de résilience et l’initiative personnelle, transformant son handicap en une opportunité de développement personnel et communautaire.