Dr Sali Bakari : allier stratégie militaire et développement contre Boko Haram

État d’alerte au Tchad : attaques récurrentes et tactiques changeantes de Boko Haram

Les forces armées tchadiennes ont été prises pour cible lors de deux attaques distinctes survenues les 4 et 6 mai 2026 dans la province du Lac, secouant à nouveau cette région déjà éprouvée.

Les récentes attaques perpétrées par le groupe Boko Haram contre l’armée tchadienne mettent en lumière une adaptation tactique significative du groupe jihadiste. Stratégies militaires et techniques d’attaque ont évolué, comme l’explique Dr Sali Bakari, historien et expert en sécurité dans le bassin du lac Tchad. Selon lui, le changement de mode opératoire de Boko Haram résulte de la pression militaire exercée par les États, obligeant le groupe à adopter des attaques surprises au lieu des affrontements directs et attentats prévisibles.

Cette escalade de violence expose également les faiblesses structurelles qui entravent l’efficacité des pays riverains du lac Tchad. Les défis logistiques, les contraintes budgétaires, et les difficultés à maintenir des forces armées opérationnelles sur le long terme, constituent autant de failles exploitées par Boko Haram. À cela s’ajoute l’instabilité des pays voisins tels que le Soudan, la Libye, le Nigeria, le Niger et le Cameroun, conduisant le Tchad à disperser ses forces sur plusieurs fronts et affaiblissant sa capacité de réponse efficace.

Dr Bakari souligne que la nature asymétrique du conflit dépasse les paradigmes classiques de guerre pour lesquels les forces armées de la région ont été conçues. « Une guerre asymétrique nécessite des réponses stratégiques diversifiées. Les armées ne suffisent plus à elles seules ; une approche intégrée alliant militaire et développemental est indispensable », souligne-t-il avec insistance.

Le diagnostic posé par Dr Bakari exige des pays du bassin du lac de reconsidérer en profondeur leurs stratégies. Il ne suffit plus de répondre militairement : il est crucial de s’attaquer aux racines économiques, sociales et politiques qui nourrissent le radicalisme. Cette approche pourrait s’avérer décisive pour contenir et réduire l’influence de Boko Haram dans la région.

Ainsi, la lutte contre Boko Haram requiert désormais une réponse coordonnée et multidimensionnelle, alliant force militaire et initiatives de développement, vitales pour établir une paix durable dans cette région troublée.