L’essor de la computing spatiale en Chine : une nouvelle ère en orbite

La Chine plonge dans l’informatique spatiale : une nouvelle ère en orbite

La Chine intensifie son développement dans le domaine de l’informatique spatiale, une technologie émergente qui vise à transférer la puissance de calcul de la Terre vers l’orbite. Ce qui était autrefois un concept futuriste entre désormais dans une phase de vérification et de déploiement concrets.

Plus tôt cette année, la société d’aérospatiale commerciale Adaspace Technology Co., Ltd. (ADAspace), en collaboration avec l’Université Jiao Tong de Shanghai, a réussi à utiliser la puissance de calcul spatiale pour contrôler un robot au sol. Lors d’une démonstration, un utilisateur a donné des commandes en langage naturel depuis le sol. Un grand modèle d’intelligence artificielle déployé sur un satellite en orbite a traité la demande et transmis des instructions via un lien de communication spatial, dirigeant le robot pour effectuer les tâches demandées.

Ce succès marque une étape importante dans les efforts de la Chine pour établir une infrastructure informatique spatiale. Mais pourquoi un tel système est-il nécessaire, et comment la Chine prévoit-elle d’en faire progresser le développement ?

D’après He Baohong, ingénieur en chef à l’Académie chinoise de l’information et des technologies de communication (CAICT), l’informatique spatiale implique la création d’une infrastructure d’information spatiale par le déploiement de systèmes de calcul, de stockage de données et d’installations de communication à grande vitesse en orbite. Cela intègre des capacités de calcul, de stockage et de transmission de données.

Trois besoins pressants motivent cet élan vers l’informatique spatiale. Tout d’abord, il existe un fossé grandissant entre la demande croissante en puissance de calcul et les contraintes sur les ressources énergétiques. Guo Liang, ingénieur en chef à l’Institut de recherche sur le Cloud Computing et les Big Data de CAICT, souligne que l’essor rapide de l’IA générative entraîne une augmentation exponentielle de la demande en puissance de calcul. En effet, les centres de données chinois ont consommé 196 milliards de kilowattheures d’électricité en 2025.

Les centres de données terrestre font face à des contraintes croissantes en matière de consommation d’énergie, de coûts de refroidissement et de disponibilité foncière. Grâce à l’énergie solaire abondante en orbite, l’informatique spatiale pourrait offrir une solution à ces défis.

Le deuxième moteur de ce développement est le besoin croissant d’un traitement plus rapide des données. Traditionnellement, les données satellite suivent un flux de travail « capture, transmission, puis traitement », ce qui implique que l’acquisition de données exploitables prend souvent plusieurs heures. Dans des applications comme la prévention des incendies de forêt ou la gestion des inondations, chaque minute est cruciale. Wang Shangguang, doyen de l’École d’informatique de l’Université de Pékin, indique que son équipe a développé la constellation Tiansuan, utilisant une IA embarquée pour traiter les données directement en orbite, permettant ainsi de transmettre des informations clés sur des cibles en quelques minutes.

Troisièmement, la valeur stratégique des ressources orbitales et du spectre radio, qui sont limités et non renouvelables, ne doit pas être sous-estimée. Alors que les pays rivalisent pour ces ressources, la développement de l’informatique spatiale devient non seulement une priorité industrielle, mais également un enjeu crucial en matière d’infrastructure numérique et de sécurité.

Guo propose de diviser le développement de l’informatique spatiale en trois phases. La première phase implique un calcul par satellite unique, où chaque satellite est équipé de modules de calcul IA pour un traitement préliminaire des images de télédétection. La deuxième phase, le réseautage de constellations, connecte plusieurs satellites via des liens inter-satellites pour créer un réseau local spatial, permettant un calcul distribué. La phase finale consistera à établir un réseau informatique spatial, où des nœuds de calcul à grande échelle seront déployés en orbite.

L’industrie chinoise de l’informatique spatiale a désormais évolué de la recherche théorique vers la validation pratique en orbite et le déploiement initial de réseaux de satellites informatiques. La Chine a réussi à réaliser des tests en orbite impliquant plusieurs satellites et a lancé plusieurs satellites expérimentaux équipés de charges utiles de calcul de bord. Des progrès notables ont également été réalisés dans les communications inter-satellites grâce à des liaisons de communication laser.

Le déploiement de constellations de satellites entre dans une phase d’expansion rapide. Des constellations de large bande en orbite basse, comme la constellation Qianfan, ont commencé des opérations de lancement régulières, tandis qu’une nouvelle génération de satellites est conçue avec des capacités réservées pour les charges utiles de calcul.

ADAspace a annoncé des plans pour déployer un réseau de 2 800 satellites de calcul. GalaxySpace, un acteur majeur des solutions Internet par satellite, a déjà lancé plus de 40 satellites et développe une plateforme de satellites de troisième génération spécifiquement conçue pour l’informatique spatiale.

Un écosystème industriel intégré est en train de se mettre en place, avec la création de comités professionnels et d’instituts de recherche. La Chine a également soumis une liste de dix projets prioritaires ciblant des technologies clés, impliquant plus de dix entreprises leaders.

Les scénarios d’application évoluent déjà, avec des progrès initiaux dans l’adoption commerciale tant dans le secteur industriel que dans le secteur des consommateurs. Des situations d’urgence, telles que la prévention des incendies de forêt et la gestion des inondations, bénéficient désormais d’une distribution d’informations minutées sur les catastrophes, formant ainsi un cycle commercial initial.

Selon Guo, « la plus grande force de la Chine réside dans sa capacité à coordonner les ressources à travers l’ensemble de la chaîne industrielle ». En s’appuyant sur une solide base manufacturière et un marché domestique immense, la Chine adopte une voie de développement qui intègre profondément les communications, la navigation, la télédétection et le calcul dans des constellations de satellites multifonctionnels.