Tchad : 66 ans d’indépendance, l’agriculture en attente de pluie !

Tchad : 66 ans d’indépendance, pourquoi l’agriculture attend-elle encore la pluie ?

Soixante-six ans après son indépendance, le Tchad semble toujours dépendre de la bienveillance du ciel pour assurer la sécurité alimentaire de sa population. Doté de plus de 39 millions d’hectares de terres cultivables, ainsi que d’importantes ressources en eau, le pays possède en théorie les atouts nécessaires pour développer un secteur agricole florissant. Pourtant, l’agriculture tchadienne reste largement pluviale, la plupart des cultures étant sensibles aux intempéries et aux variations climatiques qui affectent les saisons.

Le Tchad, avec ses importantes réserves d’eau issues des fleuves Chari et Logone, ainsi que de vastes zones humides, a un potentiel agricole qui pourrait le placer parmi les puissances agricoles d’Afrique. Cependant, moins de 10% des terres arables sont actuellement cultivées, et les infrastructures d’irrigation demeurent insuffisantes pour tirer parti de cette ressource vitale.

Les disparités climatiques au sein du pays compliquent davantage la gestion de l’agriculture. Les précipitations varient considérablement selon les régions, rendant inadaptées les mêmes politiques agricoles pour des zones aussi diverses que le Mayo-Kebbi, le Guéra ou le Kanem. Cette hétérogénéité conduit à une fragilité économique, à l’instabilité des prix agricoles et à l’aggravation de l’insécurité alimentaire. Par exemple, les inondations de 2024 ont touché environ 1,9 million de personnes, entraînant des pertes significatives tant en matière de production qu’en bien-être.

L’agriculture représente approximativement 40% du PIB tchadien et emploie une majeure partie de la population. Cependant, la productivité reste faible, et la dépendance à la pluie constitue une des principales entraves à son développement. Pour remédier à cette situation, la Banque mondiale souligne l’importance d’investir dans des techniques agricoles moins dépendantes des caprices climatiques.

Divers exemples de pays africains font écho à cette nécessité. L’Éthiopie a mis en place des systèmes d’irrigation efficaces qui lui ont permis de réduire sa vulnérabilité climatique, malgré des investissements nécessaires. De même, le Maroc a développé des politiques d’irrigation localisée, rendant possible une agriculture productive même en période de sécheresse. Le Sénégal, à travers le développement de la vallée du fleuve Sénégal, a montré comment des infrastructures hydrauliques peuvent transformer des zones agricoles.

Cependant, la réalité tchadienne demeure complexe en matière d’accès à l’eau et d’infrastructures. Malgré la présence de fleuves importants, la gestion de l’eau reste insuffisante. Le pays ne peut pas se contenter d’attendre les pluies pour assurer sa sécurité alimentaire ; il doit adopter des mesures proactives pour maîtriser ses ressources hydrauliques. Investir dans des barrages, des systèmes d’irrigation et le stockage de l’eau est essentiel pour rendre l’agriculture tchadienne moins vulnérable aux aléas climatiques.

Le changement climatique aggrave ces défis. Les projections indiquent une intensification des phénomènes extrêmes comme les sécheresses et les inondations, mettant en péril les moyens de subsistance de millions de Tchadiens. Continuer à s’appuyer sur la pluie expose une partie considérable de l’économie à des risques imprévisibles.

Depuis l’exploitation commerciale du pétrole en 2003, le Tchad dispose d’une source de revenus significative. L’enjeu réside maintenant dans l’utilisation de ces fonds pour moderniser l’agriculture. Le pays pourrait bénéficier d’investissements dans les infrastructures agricoles, l’irrigation ou la mécanisation des exploitations, contribuant ainsi à une plus grande indépendance alimentaire.

À l’aube de ses 66 ans d’indépendance, le Tchad se trouve à un tournant crucial. Pour que l’agriculture ne dépende plus uniquement des caprices du climat, des mesures audacieuses doivent être mises en place. Le pays doit s’engager à transformer son potentiel agricole en une véritable puissance économique, en passant d’une agriculture dépendante de la pluie à une agriculture maîtrisant ses ressources en eau. L’indépendance politique, conquise en 1960, n’est qu’une première étape : le Tchad doit maintenant conquérir son indépendance alimentaire.