Wakit Tamma plaide pour souveraineté et justice au Tchad

Tchad : Wakit Tamma interpelle sur la souveraineté et la justice

Le 11 août, à l’occasion de la fête nationale, la Coordination des Actions Citoyennes Wakit Tamma a tenu une déclaration à Ndjamena, intitulée « De la souveraineté proclamée à la souveraineté démontrée ». Cette prise de parole a mis en lumière le retrait récent du Tchad du Statut de Rome, le traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI), soulevant ainsi des questions cruciales sur la capacité judiciaire nationale et la notion de souveraineté.

La souveraineté redéfinie

Alors que le Tchad célèbre plus de soixante ans d’indépendance, Wakit Tamma soutient que la souveraineté ne se résume pas à un principe juridique, mais doit être évaluée à travers des actions tangibles. La coordination interroge : qu’est-ce qui définit une souveraineté pleinement assumée aujourd’hui ? Leur analyse suggère que si le retrait du Statut de Rome est légalement justifié par l’article 127, il engendre des divisions au sein de la société tchadienne. D’un côté, certains considèrent cette décision comme une affirmation légitime de la souveraineté nationale, tandis que d’autres craignent un affaiblissement des efforts contre l’impunité dans le pays.

Wakit Tamma plaide pour une approche qui ne polarise pas entre la CPI et la justice nationale, mais qui cherche plutôt à établir une justice indépendante, juste et crédible pour tous les citoyens.

Les responsabilités accrues de l’État

La déclaration critique également le fonctionnement de la CPI, soulignant sa sélectivité et les difficultés d’exécution de ses décisions, ainsi que sa dépendance envers les États membres. Cependant, Wakit Tamma rappelle que les insuffisances d’un mécanisme international ne sont pas une excuse pour négliger les devoirs d’un système judiciaire national. Le retrait du Tchad du Statut de Rome impose une nouvelle exigence de responsabilité à l’État, qui doit démontrer que ses institutions sont prêtes à garantir une justice efficace.

Citant un principe juridique fondamental, Wakit Tamma souligne que le Statut de Rome n’a jamais retiré au Tchad la compétence de juger les auteurs de crimes graves ; cette responsabilité est avant tout celle des juridictions nationales. Ainsi, le retrait ne fait que supprimer un mécanisme international de contrôle, et la capacité du Tchad à garantir l’indépendance et l’efficacité de sa justice devient désormais primordiale.

Défis de la justice locale

Pour Wakit Tamma, cette nouvelle responsabilité doit se traduire par des actions concrètes sur des cas emblématiques tels que les événements tragiques du 20 octobre 2022, des conflits communautaires ayant causé des pertes humaines, ainsi que des affaires impliquant des responsables publics ou des figures politiques. L’évaluation de la capacité des institutions judiciaires à établir la vérité, protéger les victimes, assurer l’égalité devant la loi et respecter les droits de la défense sera cruciale.

Wakit Tamma conclut que le retrait du Statut de Rome modifie les critères d’évaluation de la souveraineté plus qu’elle ne change sa nature. À l’avenir, la qualité de la justice nationale sera le principal indicateur de la souveraineté tchadienne.

La déclaration se termine sur une réflexion puissante : « La souveraineté donne le pouvoir. Le pouvoir crée une responsabilité. La manière dont cette responsabilité est assumée construit ou érode la confiance. Et c’est cette confiance qui fonde durablement la légitimité de l’État auprès de son peuple et sa crédibilité sur la scène internationale. »

En somme, Wakit Tamma appelle à une évaluation rigoureuse de l’engagement du Tchad envers ses citoyens à travers sa justice, dans un contexte où les attentes sont grandes et les enjeux considérables.